
La plupart des propriétaires de chiens et de chats ont entendu parler des parasites internes, en particulier des « vers ». Cependant, lorsqu’il s’agit de les traiter, des questions se posent souvent : n’importe quel antiparasitaire est-il efficace ? Faut-il répéter le traitement ? Est-ce la même chose pour un chiot et pour un adulte ? Pourquoi les parasites réapparaissent-ils parfois malgré un traitement correct ?
Cet article ne vise pas à expliquer quels sont les parasites existants ni comment ils sont diagnostiqués (des sujets que nous avons déjà abordés dans d’autres contenus), mais à se concentrer exclusivement sur le traitement antiparasitaire interne. L’objectif est d’aider à comprendre comment ces parasitoses sont réellement traitées, quelle est la logique derrière les différents produits disponibles et pourquoi le protocole doit être adapté à l’âge et au mode de vie de chaque animal. L’importance d’aborder cette question de manière méthodique est mieux comprise lorsque l’on examine les chiffres : dans une revue scientifique européenne, la prévalence globale des parasites intestinaux chez les chiens domestiques a été estimée entre 12,5 % et 34,4 %, et chez les chats domestiques entre 10,1 % et 22,8 %, avec une grande variabilité selon la région, le mode de vie et la méthode de diagnostic ; même chez les animaux bien soignés, le « risque zéro » est plus un souhait qu’une réalité, comme le soulignent diverses études épidémiologiques.
Du point de vue vétérinaire, le déparasitage n’est pas un geste automatique ou routinier. Il s’agit d’une décision médicale préventive et thérapeutique qui, lorsqu’elle est bien prise, protège la santé digestive, la croissance, l’état nutritionnel et même la santé générale de l’animal à long terme. En effet, lorsque l’on analyse un grand nombre d’échantillons de selles dans des conditions réelles, le problème devient encore plus tangible : dans une étude rétrospective menée par un laboratoire de référence à Madrid, sur 15 899 échantillons prélevés entre 2013 et 2023, il a été constaté que 26 % des chiens et 21,4 % des chats étaient positifs à au moins un parasite, les protozoaires (par exemple Giardia duodenalis) étant très présents chez les chiens. Ces données issues d’une étude menée à Madrid permettent de comprendre pourquoi la prévention ne peut être improvisée.
Lorsque nous parlons de « traiter » les parasites internes, nous pensons généralement uniquement à éliminer les vers déjà présents dans l’intestin. Cependant, en médecine vétérinaire, le traitement antiparasitaire a presque toujours une double fonction : guérir une infestation existante et, en même temps, prévenir de nouvelles infestations. En effet, de nombreux animaux sont exposés en permanence aux parasites tout au long de leur vie, en particulier ceux qui sortent à l’extérieur, cohabitent avec d’autres animaux ou vivent dans des environnements où les parasites sont fréquents. Dans ces cas, espacer trop les traitements permet au parasite de terminer son cycle et de réapparaître de manière clinique ou subclinique.
D’un point de vue pratique, le traitement curatif élimine les parasites adultes présents à ce moment-là, tandis que le traitement préventif vise à « interrompre » le processus avant que la charge parasitaire ne devienne importante. Cette approche est étroitement liée à un concept technique qui mérite une explication simple : la période prépatente, qui correspond au temps qui s’écoule entre le moment où l’animal est infecté et celui où le parasite commence à produire des œufs ou des formes détectables. Pour plusieurs parasites intestinaux courants, cette période est d’environ quatre semaines, voire plus, c’est pourquoi les directives européennes insistent sur le fait que, chez les animaux à haut risque, un intervalle mensuel peut être cohérent avec la biologie du parasite.
Dans la pratique, cela signifie que le propriétaire ne doit pas se contenter de « donner un comprimé quand c’est le moment » sans savoir pourquoi c’est le moment, mais comprendre que la règle vise à anticiper la maturation du parasite. Une façon très simple de mettre cette théorie en pratique est de programmer des rappels et de les vérifier au moins une fois par an avec le vétérinaire, car le risque change lorsque les promenades, les voyages, la cohabitation avec d’autres animaux ou les habitudes alimentaires changent.
L’une des erreurs les plus fréquentes est de penser que tous les antiparasitaires ont la même efficacité contre tous les parasites. En réalité, chaque traitement agit sur certains groupes de parasites et peut être inefficace contre d’autres. La différence la plus « trompeuse » pour le propriétaire est celle des ténias : un chien ou un chat peut être régulièrement vermifugé contre les vers ronds, mais continuer à être infecté (ou réinfecté) par des ténias si le produit ne couvre pas spécifiquement les cestodes ou si le problème des puces persiste.
Cela s’explique très bien par une notion clinique : si le parasite utilise un « véhicule » (par exemple la puce), traiter uniquement l’intestin sans éliminer le véhicule revient à arroser le sol sans fermer le robinet. À cet égard, les directives de l’ESCCAP décrivent explicitement que la transmission de certains ténias est liée à l’ingestion de puces ou de poux broyeurs, et indiquent des périodes de prépatence d’environ trois semaines chez Dipylidium caninum, ce qui explique pourquoi il peut « revenir » rapidement si le facteur externe n’est pas contrôlé.
Dans la pratique vétérinaire, les échecs du traitement antiparasitaire sont rarement dus à un problème lié au médicament lui-même. Le plus souvent, ils sont dus à des erreurs dans l’approche du protocole, comme l’utilisation d’un produit incomplet, le fait de ne pas répéter la dose lorsque le cycle du parasite l’exige, le fait de ne pas ajuster correctement le poids de l’animal ou de ne pas tenir compte de l’environnement. Peser l’animal avant d’administrer le traitement et ne pas se baser sur « le poids de la dernière fois » est une mesure simple qui améliore considérablement l’efficacité, car le dosage de la plupart des antiparasitaires est strictement adapté à la fourchette de poids.
Lorsque nous soupçonnons une réponse médiocre ou une résistance, il existe un outil simple : le test de réduction du nombre d’œufs dans les selles (FECRT), qui compare la quantité d’œufs avant et après le traitement. Il est peu coûteux, applicable en clinique et évite de « tourner en rond » en changeant de produits sans savoir ce qui se passe.
Beaucoup de rechutes apparentes sont en réalité des réinfections. C’est pourquoi, lorsqu’un propriétaire dit « ça n’a pas marché », le travail du vétérinaire consiste souvent à traduire cette impression en une question pratique : « avons-nous éliminé le parasite, ou avons-nous éliminé le parasite mais l’animal est réinfecté ? ». Chez les animaux qui chassent, mangent de la viande crue ou ont accès à des rongeurs, la réponse réside généralement dans les habitudes plutôt que dans le comprimé.
Dans de nombreux cas, il ne suffit pas de traiter correctement un animal sans tenir compte de son environnement. Dans les foyers où vivent plusieurs animaux, le risque de transmission croisée est élevé, et la prévention est plus efficace lorsqu’elle est appliquée de manière cohérente. Une mesure pratique consiste à synchroniser les dates de vermifugation de tous les animaux de la maison et, si un problème de ténia associé aux puces est confirmé, à maintenir un contrôle systématique contre les puces pendant le temps nécessaire pour briser le cycle.
La base de tout programme de vermifugation interne repose sur les traitements ciblant les vers intestinaux les plus courants. Ces parasites se transmettent facilement par le sol, l’environnement ou le contact avec d’autres animaux et sont particulièrement fréquents chez les jeunes animaux. C’est pourquoi les programmes de vermifugation par âge proposent des traitements intensifs dès les premiers stades : chez les chiens, par exemple, l’ESCCAP recommande de commencer dès l’âge de 2 semaines et de répéter le traitement tous les 14 jours au cours des premières phases, puis de le poursuivre jusqu’à ce qu’un schéma plus stable soit atteint. Chez les chats, le traitement est proposé à partir de 3 semaines avec une logique similaire de répétitions, avant de passer à des schémas mensuels jusqu’à 6 mois. Ces détails sont particulièrement utiles car ils transforment une recommandation générale (« vermifuger les chiots ») en un plan concret.
Dans la pratique, administrer le vermifuge après un repas léger et dans un moment calme améliore la tolérance digestive et réduit le risque de vomissements dus au stress, ce qui est particulièrement important chez les chiots et les chatons sensibles.
Les ténias nécessitent une approche spécifique. Contrairement aux autres vers intestinaux, leur cycle de vie implique généralement un hôte intermédiaire, comme les puces. C’est pourquoi, chez les animaux qui ont des puces ou qui risquent d’en ingérer, le contrôle des puces n’est plus un « supplément » mais fait partie intégrante du traitement interne. De plus, pour certains profils à risque, l’ESCCAP est très explicite en matière d’intervalles : par exemple, elle indique que les chiens qui consomment de la viande crue ou des abats insuffisamment traités devraient recevoir un traitement contre les ténias toutes les 4 semaines, car le risque n’est pas occasionnel mais constant.
Les traitements à large spectre combinent différents principes actifs et permettent de couvrir plusieurs types de parasites en une seule administration. Ils sont particulièrement indiqués chez les animaux présentant un risque d’exposition plus élevé ou lorsque l’on cherche à simplifier le protocole afin d’améliorer l’adhésion du propriétaire. Ce n’est pas un détail mineur : dans les enquêtes et les études sur la perception et la pratique, une partie importante des propriétaires ne suit pas les directives considérées comme « optimales », et il a été constaté que les propriétaires qui consultent régulièrement un vétérinaire ont tendance à mieux respecter les protocoles recommandés, ce qui rejoint directement l’idée de plans simples et durables. En d’autres termes, le meilleur médicament est parfois celui qui est bien administré tout au long de l’année, comme le montrent les études sur les pratiques et l’observance.
Aujourd’hui, les traitements antiparasitaires internes ne se limitent pas aux comprimés traditionnels. Il existe des formulations à mâcher, des pipettes à action interne et des traitements combinés qui couvrent les parasites internes et externes. D’un point de vue clinique, le meilleur traitement est celui que l’animal accepte et que le propriétaire peut administrer régulièrement et correctement. Le choix du format n’est pas un détail cosmétique, mais un outil permettant d’éviter les échecs : un plan parfait qui n’est pas respecté devient un plan inefficace.
Données médicales – lorsque l’effet secondaire… est le parasite lui-même
Après un traitement vermifuge, certains chiens ou chats peuvent présenter des vomissements, de la diarrhée ou une perte d’appétit ponctuelle. Il ne s’agit parfois pas d’une « allergie au médicament », mais d’une réaction digestive à l’expulsion des parasites. Si les symptômes sont intenses, s’il y a du sang ou s’ils persistent, il faut alors appeler le vétérinaire.
Les protozoaires intestinaux, tels que Giardia ou les coccidies, ne sont pas des vers et ne répondent pas aux mêmes traitements. De plus, même lorsqu’ils sont traités correctement, des difficultés peuvent persister, car certains animaux continuent d’éliminer des kystes ou sont facilement réinfectés si l’environnement est contaminé. En matière de communication, il convient de le dire clairement : il ne s’agit pas toujours de « résistance aux médicaments », mais parfois du fait que « le parasite reste dans l’écosystème domestique ». Ce point revient régulièrement dans les revues cliniques sur la giardiase, où l’on souligne que la prise en charge comprend un traitement ainsi que des mesures environnementales. Et pour ne pas idéaliser, il est également important de savoir que l’efficacité peut varier dans des conditions réelles : une étude menée en France a évalué le fenbendazole et a décrit qu’après le traitement, une excrétion élevée de kystes peut persister, suggérant une réinfection et/ou une efficacité limitée dans cette population, ce qui renforce le rôle de l’hygiène et du suivi vétérinaire.
À la maison, les mesures pratiques sont généralement simples mais constantes : lavage fréquent des abreuvoirs et des mangeoires, élimination rapide des excréments, nettoyage des surfaces où l’animal se couche et, dans certains cas, un bain à la fin du traitement pour réduire la contamination des poils par les kystes.
Au cours des premiers mois de vie, le risque de parasitose est particulièrement élevé. De nombreux parasites peuvent être transmis par la mère et le système immunitaire de l’animal est encore immature. C’est pourquoi les protocoles à ce stade sont plus intensifs et nécessitent des traitements répétés. Chez les chats, par exemple, l’ESCCAP prévoit de commencer à 3 semaines et de poursuivre avec des répétitions à intervalles courts avant de passer à des schémas mensuels jusqu’à 6 mois ; en outre, il mentionne qu’un traitement spécifique chez la mère (par exemple avec de l’émodepside spot-on environ 7 jours avant la mise bas) peut réduire la transmission lactogénique de Toxocara cati aux chatons, ce qui illustre bien comment le traitement est pensé « en famille » et non seulement « en individu ».
Il est essentiel à ce stade de suivre strictement le calendrier recommandé et de ne pas retarder les prises, même si l’animal « semble aller bien », car l’objectif n’est pas seulement de guérir, mais aussi de permettre une croissance et un développement digestif aussi stables que possible.
Chez les animaux adultes en bonne santé, l’objectif passe à la prévention. La fréquence du traitement doit être adaptée au mode de vie de l’animal, car tous ne présentent pas le même niveau de risque. Dans le cadre de la communication, il convient de l’expliquer sans formules, mais avec précision : certains animaux, de par leurs habitudes, sont exposés au risque quotidiennement (chasse, viande crue, contact avec des rongeurs, colonies, parcs bondés), tandis que d’autres ne le sont que de manière sporadique. C’est pourquoi les recommandations peuvent aller d’intervalles plus longs chez les animaux à faible risque à un traitement mensuel chez les groupes à haut risque, en se basant, entre autres arguments, sur la période de prépatence de certains parasites et sur l’objectif de réduire l’excrétion dans l’environnement.
Parallèlement, certains guides et conseils internationaux soulignent le principe général du « risque individuel » : traiter si l’on vit dans des zones ou des conditions où les puces, les tiques ou les vers sont largement présents, et définir avec le vétérinaire l’intervalle optimal. Il est même mentionné qu’aux États-Unis, le CAPC recommande un traitement tout au long de l’année en raison de la présence importante de parasites dans de nombreuses régions ; bien que l’Europe ne soit pas homogène, cette logique de personnalisation aide à comprendre la raison d’être des plans préventifs modernes.
Adapter le protocole au mode de vie
Des facteurs tels que la vie urbaine ou rurale, l’accès à l’extérieur, le contact avec d’autres animaux, les habitudes de chasse ou la cohabitation avec des enfants influencent directement la stratégie de déparasitage. Il n’existe donc pas de calendrier unique valable pour tous les animaux, et il est essentiel de communiquer ces informations au vétérinaire afin de définir un plan vraiment efficace. Une recommandation pratique qui fonctionne généralement très bien consiste à revoir le plan au moins une fois par an, à l’occasion d’une visite de routine, car le mode de vie d’un animal change plus qu’il n’y paraît : un jeune chien qui commence à aller à la montagne, un chat qui sort, une famille qui adopte un deuxième animal ou qui accueille un bébé à la maison.
Cas nécessitant une individualisation du traitement
Les femelles gestantes ou allaitantes, les animaux âgés ou ceux souffrant de maladies digestives chroniques nécessitent une approche encore plus personnalisée. Dans ces cas, le suivi vétérinaire est essentiel pour garantir à la fois l’efficacité et la sécurité du traitement, en évitant les décisions automatiques et en adaptant le plan aux tolérances et aux risques réels. En outre, l’impact environnemental de l’utilisation des antiparasitaires est aujourd’hui pris en compte et une approche prudente est recommandée, équilibrant la santé animale, la santé publique et la durabilité, comme le soulignent les positions des associations vétérinaires.
Certaines directives européennes proposent que, dans les foyers avec des enfants en bas âge (≈5-6 ans), des personnes âgées ou immunodéprimées, une stratégie plus stricte soit envisagée : vermifugation mensuelle ou contrôle fécal périodique et traitement en fonction des résultats. Il s’agit d’une manière d’adapter le plan au risque réel du foyer, et non à la « moyenne ».
Source : https://www.esccap.org
Le traitement des parasites internes est un élément clé de la médecine préventive moderne. Il ne s’agit pas d’administrer un produit de manière occasionnelle, mais de suivre une stratégie cohérente, adaptée et révisée périodiquement. Un protocole bien conçu améliore la santé digestive, réduit les réinfestations et protège à la fois l’animal et son environnement. À la clinique vétérinaire Eurovet, nous préconisons un traitement antiparasitaire personnalisé, basé sur l’âge, le mode de vie et les besoins réels de chaque animal, comme la meilleure garantie d’une protection efficace et durable.
Sources et lectures recommandées
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Barrera, J. P., Montoya, A., Marino, V., Sarquis, J., Checa, R., Carmena, D., Estévez-Sánchez, E., Gómez-Velasco, C., Moraleda, P., Cano, L., Fuentes, I., Miró, G. (2025) – Prévalence des parasites intestinaux chez les chiens et les chats : une décennie de données rétrospectives provenant d’un laboratoire vétérinaire de référence à Madrid, en Espagne – Parasites & Vectors – Série rétrospective (2013-2023 ; 15 899 échantillons) avec prévalence, co-infections et tendances épidémiologiques. – https://doi.org/10.1186/s13071-025-07168-1
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Secrétariat de l’ESCCAP (s. d.) – Programme de vermifugation individuelle des chats – ESCCAP – Fiche pratique sur la vermifugation individuelle des chats (par âge et facteurs de risque). – https://www.esccapuk.org.uk/uploads/docs/9tvb43m3_Scheme_for_individual_deworming_of_cats.pdf
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